Meilleure santé !

Nous n'avons pas été très prolixes cette semaine. C'est que nos plans ont été quelque peu bouleversés par une petite mésaventure... Un petit flash back sur les journées de mercredi et jeudi s'impose donc pour narrer cette expérience certes désagréable, mais finalement banale pour des toubabous en Afrique.

 

Mercredi matin, très tôt vers 3h du matin, j'ai (Thomas) commencé à avoir un très fort mal de ventre, rapidement accompagné de problèmes digestifs (je vous laisse imaginer :)). J'ai tout de même décidé d'aller à mon travail, en pensant que les douleurs passeraient rapidement, et surtout dans l'espoir de rencontrer mon chef de service, rentré depuis le lundi... Finalement, comme les jours précédents, mon entrevue avec le chef de service a été reportée au lendemain ; mon mal de ventre s'était accentué, j'ai préféré rentrer vers 13h pour me reposer. J'ai rapidement constaté que j'avais de la fièvre, malgré un Doliprane pris quelques heures auparavant. Puis des courbatures, mal de tête, troubles de la vision sont arrivés progressivement...

 

Tous ces sympathiques symptômes pouvant être ceux du paludisme, nous commençons vraiment à nous inquiéter. 15h, nous décidons avec Amélie de nous rendre immédiatement au centre de santé situé à côté de chez nous, après avoir prévenu les collègues d'Amélie qui me souhaitent tous « meilleure santé ».

 

Le centre de santé de référence de la commune V est une annexe décentralisée de l'hôpital public (Bamako est découpée en 6 communes). Les locaux sont exigus, partiellement délabrés, ça ne sent pas très bon, les gens rentrent et sortent (on assiste même à une altercation entre un médecin et un couple en bambara), la propreté douteuse... Mais nous sommes « pris en charge » assez vite. Prise en charge est un bien grand mot: après que je lui ai expliqué mes symptômes et qu'il a pris ma température, l'interne prescrit un « test de la goutte épaisse », qui permet de savoir si on a le palu ou pas; nous devons trouver seuls le laboratoire qui effectue le test (qui prend une demi-heure et coûte 750 Fcfa (1,1€)) ; et patienter à l'extérieur, en pleine chaleur (mais tout de même à l'ombre) avant d'avoir les résultats et d'être redirigés vers le premier médecin.

 

Lequel rend son verdict : j'ai le palu et il est développé à un niveau élevé. Un traitement de cheval m'est prescrit. Peu inspirés par l'idée de rester ici, nous décidons de rentrer à l'appartement et d'appeler notre assurance; pour pouvoir être couverts il faut en effet la prévenir préalablement à toute démarche; nous espérons aussi qu'elle pourra nous rediriger vers un meilleur hôpital... Bizarrement, quand la santé est en jeu, on a une très pressante envie de retrouver des standards occidentaux! Cela ne nous empêche pas de penser à tous ces hommes et femmes qui sont ici et n'iront pas ailleurs, eux, faute de moyens. Rien ne justifie a priori que je puisse être mieux soigné qu'eux ...

J'enrage : pourquoi n'avoir pas réagi plus tôt, dès les 1ers symptômes ? Je suis dégoûté : nous ne sommes arrivés qu'il y a 15 jours, j'ai donc dû être contaminé dès les premiers jours (le parasite se développe au bout de 7 jours à plusieurs semaines à compter de la piqûre du moustique infecté). Je ne comprends pas: nous avons été très précautionneux et je n'ai pas le souvenir d'une piqûre... Je joue vraiment de malchance... Je n'ai pas envie d'avoir le palu ; mais c'est trop tard.

 

En arrivant à l'appartement, j'avale en urgence un cachet de Malarone, qui ne suffira pas à me guérir mais peut ralentir la progression du palu. Je me recouche : malgré l'air à 35°C, un duvet de montagne conçu pour aller jusque 0°C suffit à peine à me réchauffer. La fièvre est forte. Je fantasme, m'imaginant des complications dues au palu, un rapatriement sanitaire... Amélie s'occupe des démarches avec l'assurance ; après discussion avec un médecin, il nous est conseillé d'aller à la polyclinique Pasteur, avec laquelle ils ont des accords de paiement. Le temps de glisser le strict nécessaire dans un sac (change, eau, papier toilettes – eh oui, il n'y en a pas partout ici...), et nous y partons en taxi, au son des « meilleure santé » à nouveau lancés par les collègues d'Amélie.

 

17 heures : en arrivant à la clinique, nous sommes rassurés par le bon état des locaux ; et, luxe parmi le luxe, le médecin nous attend (prévenu par l'assurance). Nous sommes cette fois réellement pris en charge, et c'est un vrai soulagement. Le médecin doute du diagnostic établi par le centre de santé (espoir), fait refaire des tests (prise de sang), et les résultats montrent que je n'ai en réalité pas le palu (gros soulagement). Il s'agit en fait d'une gastro-entérite, probablement due à une intoxication alimentaire, doublée d'une légère déshydratation. Une perfusion avec antibiotiques, antalgiques et solution réhydratante permet de faire chuter rapidement la fièvre (après être montée largement au dessus de 40°C), et de diminuer les douleurs. Nous restons 24h à la clinique, le temps de stabiliser la situation, de faire une indigestion de TV (dans l'urgence, nous n'avions pas pensé à emmener de quoi nous distraire), de se faire souhaiter « meilleure santé » par tout le personnel médical, et de subir de nouveaux tests indiquant que tout semble rentré dans l'ordre. Nous sortons donc jeudi en fin d'après-midi, quittes pour une grosse frayeur.

 

En soi, cette expérience n'est pas très originale : tous les blancs sont un peu faibles ici, et je ne suis pas le seul à qui ce genre de désagrément est arrivé. Un peu de positif dans l'aventure: nous savons désormais où aller (et surtout ne pas aller) en cas de problème de santé ; nous savons comment fonctionne l'assurance ; mes défenses immunitaires doivent être un peu renforcées. Et puis nous avons à nouveau eu une preuve de la gentillesse des Maliens : tous ceux qui ont été avertis de mon problème de santé se sont inquiétés véritablement de mon état, loin de l'indifférence que l'on constate parfois chez nous. Meilleure santé !

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Commentaires : 6
  • #1

    Pito (dimanche, 18 octobre 2009 19:33)

    Thomas
    j'espère que tu vas mieux et que le traitement améliore ton état !Quelle aventure et cà a du être dur pour toi mais aussi pour Amélie de vivre dans tant d'incertitudes et je le comprends les yeux et pensées tournés vers le "chez nous " bien connu en espérant ne pas avoir quand même a y revenir par rapatriement sanitaire....
    Plus de peur que de mal tant mieux !!mais restez vigilants tous les 2 et bonne poursuite en attendant d'autres nouvelles...
    les 2 photos sont superbes
    bises

  • #2

    H. (lundi, 19 octobre 2009 09:05)

    Bientôt Thomas pourra boire l'eau du Gange et pas moi.

    Je suis jaloux.

    ;-)

  • #3

    Maëva (mardi, 20 octobre 2009 13:17)

    Que d'émotions! Heureusement, plus de peur que de mal, et bientôt tu seras sur pieds, avec une bien meilleure santé et un système immunitaire renforcé, quelle chance ;)
    Pas évident de se remettre en situation et d'imaginer une chaleur de 35°C après un week end emmitoufflée dans 4 couches de polaires et gros pulls dans l'appart, à espérer que le CROUS mettrait enfin le chauffage en route...

  • #4

    chris (mercredi, 21 octobre 2009 11:23)

    Ce qui ressort de ce message je trouve c'est surtout combien vous pouvez compter l'un sur l'autre. C'est beau.

  • #5

    La Grenobloise (jeudi, 22 octobre 2009 11:55)

    Aïe aïe, je compatis à votre coup de stress!

    Petite pensée pour vous : cette nuit, la neige a commencé à tomber sur les massifs autour de Grenoble...

  • #6

    Victor (vendredi, 23 octobre 2009 16:21)

    Ben dis donc, t'as eu chaud (c'est un euphémisme) !!!
    J'espère que ce n'était qu'un petit accroc du début de séjour et que tout roule aujourd'hui.

    bonne route