Encore un peu de culture !

Avant toute chose, une petite info pour ceux qui ne seraient pas encore au courant : Thomas est parti hier soir sauver le monde à Copenhague (sommet sur le climat dont vous avez tous entendu parler :-) ). Il revient le 20, accompagné de ses parents et de son frère qui ont décidé cette semaine de nous rendre visite pendant les vacances de Noël… D’ici là, c’est donc votre servante qui essaiera de tenir ce blog à jour !

 

Les dernières semaines ont été assez riches en sorties culturelles. Outre le concert de Toumani Diabaté et du Symmetric Orchestra, qui a fait l’objet d’un article spécifique, nous avons profité des Biennales de la photographie et de « Bintou Wéré », Opéra du Sahel. Compte-rendu.

Des images plein la tête

Les Biennales de la photographie (plus d’infos ici) sont un évènement important à Bamako : de nombreux artistes originaires de tout le continent africain s’exposent aux quatre coins de la ville (Musée national, CCF, Palais de la culture, galerie de l’INA, musée du district). Nous avons choisi de commencer par le Palais de la culture, autant pour découvrir l’endroit, que nous ne connaissions pas encore, que les expositions variées qui y prennent place pour l’occasion.  Le Palais est un bâtiment relativement moderne de deux étages, comprenant une immense salle de spectacle, et entouré d’un vaste parc ombragé voisin du fleuve. Le parc abrite également le Café des arts, où ont souvent lieu des concerts, et plusieurs terrains de sport.

 

Ce samedi-là, la tristesse suintait des murs du Palais, dont nous sommes restés les uniques visiteurs pendant une bonne heure au moins, les seules autres présences étant celles des gardiens et des femmes de ménage passant la serpillère dans les grands couloirs vides… Cette absence de visiteurs nous a réellement surpris, dans la mesure où les expositions sont gratuites et font l’objet d’une certaine publicité dans la ville ; alors quelle explication à ce peu de succès : désintérêt ? manque d’information ?... Constat désolant de la non appropriation par les Bamakois d’un évènement organisé pour eux par des Africains…

Au total, les œuvres d’une dizaine d’artistes s’offraient à nous, en un patchwork surprenant de diversité.

 

Nous n’avons pas tout apprécié, notamment la vision très spéciale du Sud-africain Pieter Hugo, qui a pris le parti de déguiser ses sujets en personnages de films d’horreur, grotesques et effrayants.

Ou encore les clichés de la Swazi (habitante du Swaziland) Nadipha Mntambo, qui s’est photographiée elle-même dans un amphithéâtre vide, en costume de toréador.

 

Nous devons dire que ces visions artistiques sont restées un peu hermétiques à nos yeux…

Mais nous avons également été admiratifs du travail d’autres artistes.

Les images terribles prises par le Namibien Karel Prinsloo, retraçant l’exode de la population du Nord Kivu en République démocratique du Congo, prise en otage lors des conflits armés : fuite en files interminables de familles pliant sous le poids des plus précieuses possessions, emportées à la va vite, sous l’œil impuissant des forces des Nations Unies ; scènes de vie au sein des si précaires camps de réfugiés. Etonnamment, la fixité de ces images les rend encore plus frappantes que les scènes télévisées du même conflit, que nous avons tous eu l’occasion de voir au cours d’un JT ou un autre…

Les visages de ces femmes espérant que leurs enfants ou maris partis au loin reviennent ou donnent des nouvelles, immortalisés par Angèle Etoundi Essamba la Camerounaise, visages tournés vers la mer, lumineux malgré l’attente et les inquiétudes.

Les photos du Français Bruno Boudjelal, au parti pris flou et coloré parfois déroutant (on aime ou on n’aime pas), accompagnées des textes saisissants du photographe, qui a traversé l’Afrique de Tanger au Cap par la route : description des arnaques multiples subies sur le chemin, de certaines réalités parfois oppressantes de l’Afrique, comme ce dîner à Lomé en compagnie d’un responsable politique dont un jeune homme goûte tous les plats (il paraît que le poison est un moyen privilégié d’élimination des opposants politiques), ou cette soirée où l’on rend visite au propriétaire d’un cyber, dans l’arrière-boutique duquel des jeunes femmes essaient par tous le moyens, y compris en dévoilant leurs charmes, de convaincre des hommes occidentaux qu’elles n’ont jamais rencontré de les épouser…

 

 

Les clichés décalés de l’Angolais Jean Depara, dans le Kinshasa des années 60, après la décolonisation, capitale de tous les plaisirs, plus libertine à l’époque que ne le sont aujourd’hui la plupart des pays africains…

En conclusion, un évènement vraiment bien conçu : il ne nous reste plus qu'à trouver le temps d'aller visiter toutes les autres expositions...

De la musique plein le cœur !

Vendredi 27 novembre, en compagnie d’Elisabeth, la collègue française d’Amélie présente à Bamako pour 3 semaines, nous sommes retournés au Palais de la Culture voir Bintou Wéré, l’opéra du Sahel. Créée en 2005 à l’initiative du Prince Claus des Pays-Bas, l’œuvre a connu une première tournée africaine et européenne en 2007, laquelle lui a valu d’excellentes critiques.

 

La deuxième tournée africaine se clôturait par une représentation gratuite à Bamako ; nous nous délections par avance de l’évènement.

 

Programmé à 21.00, l’opéra n’a commencé qu’à 21.45 (à l'africaine !), ce qui nous a laissé le temps, constatant que de nombreuses places « VIP » de l’immense salle de spectacle ne se remplissaient pas, de tenter notre chance auprès de l’hôtesse qui nous a accordé le droit d’en occuper trois. Public assez mixte, noirs et blancs, ministres et officiels côtoyant simples péquins comme nous…

Après un discours de bienvenue retraçant l’historique de l’œuvre et résumant l’histoire, les artistes prennent possession de la scène. Ils évoluent dans un décor tout de bleu, ciel infini, et d’ocre, sable sahélien à perte de vue. Accompagnés par une dizaine de musiciens (balafon, kora, n’gonis et autres percussions), leurs voix tout à tout puissantes ou caressantes, toujours chaleureuses, transcrivent le déchirement de Bintou, jeune femme d’un village sahélien où ni elle, ni les autres jeunes, n’ont d’avenir. Symbole de toute une jeunesse africaine désenchantée… Enceinte, elle décide de partir, accompagnée par plusieurs amis, à l’assaut des barrières de Mellila, direction l’Europe…

Seul hic : les textes sont évidemment en wolof, en bambara, et autres langues africaines… Nous voilà bien démunis ! Nous avions pensé qu’une traduction serait projetée, ou que le livret serait en vente, mais point du tout… Nous devons donc nous contenter du plaisir des oreilles et des yeux, sans comprendre vraiment les détails de l’histoire. Mais la magie opère malgré tout, grâce aux costumes chatoyants, chorégraphies dynamiques, mouvements gracieux, jeux de lumière… Si jamais la troupe pose à nouveau ses valises en Europe, n’hésitez pas !

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Commentaires : 1
  • #1

    Cre (mardi, 17 juillet 2012 03:03)

    Good post dude