Bobo Dioulasso

Entre 2 rendez-vous, nous écrivons depuis la cour de Bernadette, la tante de notre ami Kalifa qui nous accueille pour notre séjour à Bobo-Dioulasso, capitale économique du Burkina Faso. Sur la terrasse, à l'abri de la tôle – car, incroyable mais vrai, il pleut ! Une petite pluie bienvenue, qui rafraîchit l'atmosphère en complément du gros orage bien venteux qui a traversé la ville hier soir. Un peu de répit avant la fournaise de Ouaga (paraît-il...).

 

Nous voilà donc au Burkina. Passage de frontière, avant-hier, sans encombre – bien que nous ayions attendu le car pendant 4 heures au départ, à Koutiala. Arrivée de nuit, nous sommes accueillis par Bernadette et son fils Serge Bernard (que nous appellerons Bernard pour la suite – vous aurez deviné aux prénoms que nous sommes dans une famille catholique, religion beaucoup plus présente qu'au Mali), qui eux aussi font tout pour nous : ils sont venus nous chercher à la gare routière, Bernadette a préparé notre dîner, une chambre nous attend... Voilà de quoi remonter notre motivation, un peu en berne notamment en raison de la chaleur, écrasante depuis notre retour, et que nous supportons vraiment difficilement. On rêve de piscines, de banquise...

 

Hier, nous avons pris contact avec la ville. Larges rues et avenues, pas mal d'arbres : manguiers, flamboyants, taxis verts (et non jaunes comme à Bamako), atmosphère tranquille, moins de circulation (et de motos chinoises) qu'à Bamako, peu de boubous – surtout chez les hommes : chez les femmes, le basin est rare, la cotonnade est plus présente : effet Sankara, plus de 30 ans après (cf notre article) ? Les gens dans les rues sont très sympas, nous saluent et nous invitent à prendre le thé comme au Mali. Ici on parle le dioula, très proche du bambara, on peut donc encore échanger quelques mots en langue locale – on en profite, ça ne va plus durer très longtemps...

 

Nous avions programmé la visite du musée de la musique et une balade dans le quartier des artisans pour cette première journée. Rien de trop fatigant ! Seul hic, personne dans la ville ne connaît le « quartier des artisans »... La balade sera donc remplacée par une visite de la ville en voiture avec Bernard qui nous en montre les principaux points névralgiques : bâtiments administratifs importants, marché, gare, ancienne mosquée…

 

Nous en profitons pour jeter un œil au musée provincial du Houët : expo temporaire autour des lauréats de la semaine de la culture 2008 (statues, batiks, art composite), expo permanente sur les valeurs et traditions burkinabées. Une salle par expo. Les statues lauréates du concours sont assez belles, traitant de différents thèmes (la famille, le rôle de la femme, l'excision, …). Malheureusement nous ne pourrons pas vous les montrer car les photographies étaient interdites. L'expo permanente met en scène des objets relatifs aux rites : par exemple, pour le mariage, les paniers de mariage offerts à la jeune épouse, contenant tout ce qu'il faut pour la bonne gestion du ménage (!)... Les valeurs de la société burkinabée et notamment l'intégrité (« Burkina Faso » = pays des hommes intègres) sont également détaillées ; toutefois, le panneau concluant l'exposition souligne que l'intégrité ainsi que l'amour du travail sont quelque peu en perdition à l'heure actuelle, notamment dans la gestion des affaires publiques... No comment. Ça n'est pas inintéressant mais le guide va un peu vite, on n'a pas le temps de profiter pleinement des explications écrites par ailleurs affichées. A la sortie du musée, reconstitution de 2 habitats traditionnels : maison en argile rouge bobo et case peuhle. Nous vous joignons quelques images / explications.

 

Le matin, nous avons visité le musée de la musique (si cela vous intéresse, vous pouvez en savoir plus ici). Et c'était vraiment intéressant. Le musée est géré par une association, l'Association pour la sauvegarde du patrimoine artistique et culturel, qui cherche à faire connaître ce patrimoine aux populations locales – qui, le plus souvent, en sont en grande partie ignorantes. Ainsi de notre ami Bernard, qui explique apprendre beaucoup dans ce musée où il vient pour la 1ère fois. La stratégie de l'association est de passer par les enfants, qui peuvent ensuite parler de leurs découvertes en famille et parfois, font revenir la famille au grand complet au musée. Cela est apparemment plus efficace que de viser les adultes qui ne s'intéressent pas vraiment à ce genre de sujets. Pour cela, appuyée par la coopération française, l'ASPAC a développé un livret pédagogique bien conçu à l'intention des classes de CM : jeu de piste, questions réponses, pratique de certains instruments... Une initiative remarquable dans un pays où, comme chez ses voisins, la culture n'est franchement pas une priorité et où les habitants, par rejet, ignorance ou indifférence, oublient ou se détournent souvent de ce patrimoine, pourtant si riche.

 

Après un dîner sympathique pris en compagnie d'un couple ivoirien venu rendre visite à Bernadette, et qui évoque les problèmes de leur pays mais aussi de la RDC (où le mari, qui travaille pour MSF, vient de passer un an), nous nous rendons chez Bernard qui nous a proposé de passer la fin de soirée en sa compagnie et de nous faire sortir en ville. D'abord, un peu de scrabble en attendant minuit, l'heure à laquelle les gens d'ici commencent à sortir: Bernard est féru de ce jeu qu'il pratique quotidiennement avec un ami avec leurs propres règles. Deux parties, l'une l'opposant Amélie, l'autre à son partenaire habituel. Atmosphère un peu irréaliste, scrabble par grand vent sous la nuit africaine, à la lumière du néon et au son de balades de Cabrel... Et on apprend de nouveaux mots : okas, ur, … On vous laisse le soin de chercher la définition dans le dictionnaire !

 

Vers minuit donc, nous sortons. Direction l'Entente, lieu de détente de la jeunesse de Bobo. C'est un maquis traditionnel : piste de danse centrale, sous une paillote, entourée par les tables et les chaises en plein air. Bêtement, nous commandons des Flag – au lieu de goûter la bière du cru. On espère avoir l'occasion de se rattraper... Bonne ambiance, musique africaine moderne, les couples dansent collé serré pendant les slows, se séparent le restent du temps. La danse nous semble plus conventionnelle, moins expressive que dans les balani (fêtes de quartier) que nous avons vus au Mali. Bernard insiste pour nous offrir une 2ème bière. L'effet de la 1re se faisant déjà un peu sentir, nous acceptons seulement de partager la 2ème... Et rentrons vers une heure et demi du matin, fatigués mais heureux de cette première journée en territoire burkinabé.

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