Balade à Atakpamé, Togo

Pendant notre séjour à Atakpamé, Claude nous a emmenés en découvrir le cœur.

 

Départ depuis la maison de maman Agnès, un peu excentrée ; on marche 5 à 10 minutes le long d'une route de terre pour rejoindre le goudron. Quartier résidentiel, aéré, route bordée de maisons familiales. Les enfants du quartier sortent des cours à notre approche, chantant les paroles auxquelles nous avons appris à nous habituer : « Yovo yovo bonsoir, ça va bien, mer-ci! ».

 

Au bord du goudron, négociation avec les zems qui nous emmèneront dans le centre ; Claude a du mal à obtenir le bon tarif – les conducteurs veulent plus d'argent puisque ce sont les Blancs qui paient. C'est le jeu, même si c'est frustrant... Court trajet vers le marché ; discussion avec le zem : « alors vous avez vu, la route principale d'Atakpamé est gâtée, alors c'est bien que vous soyiez là, vous pouvez vous rendre compte de notre misère, ici c'est la galère pour tout le monde... il faut nous aider ! Et puis de toutes façons je ne vais pas rester là, chez vous c'est mieux, moi je veux aller là-bas... ». Que répondre à tout cela ? On essaie de démythifier l'Europe (qui fait l'objet, tout comme l'Afrique en Europe, de nombreux préjugés), d'expliquer que ce n'est pas si simple que cela d'y vivre, surtout en tant qu'immigrant. De dire aussi que la solution pour le développement du pays n'est sans doute pas de le quitter... Mais quelle légitimité avons-nous, nous qui venons de là-bas et y retournerons ?

 

Le marché s'étend autour d'une des rues principales, un peu pentue, de la ville. C'est, comme d'habitude sur les marchés africains, un mélange d'un peu tout et n'importe quoi : fruits, légumes et épices regroupés par petits tas de différentes tailles (et différents prix) sur une table en bois ; boutique une peu plus sophistiquées vendant tout, des piles (on a testé, celles à 200 FCFA les 4 ne marchent pas dans notre appareil photo capricieux– faut dire que pour ce prix là, on pouvait toujours espérer) aux cahiers, en passant par les sardines en boîte, les bonbonnes de gaz, le savon... Lorsqu'elles sont encore un peu plus importantes, il arrive qu'elles soient tenues par des Indiens. Le tout au milieu de la circulation, quelques voitures, pas mal de zems, des vélos – dont ceux des vendeurs de Fan Milk, ces glaces à l'eau ou au lait très populaires dans le pays.

 

On grimpe la colline d'abord par une rue pavée assez large, sous le ciel gris – c'est la saison des pluies, il est rare que le ciel reste bleu toute la journée. L'air est lourd et très vite, nous dégoulinons. Nous saluons au passage les commerçants et les gens qui, tout simplement, sont assis devant leurs maisons ; les regards et visages s'éclairent alors d'un large sourire, permettant parfois un début de conversation ; d'où venons-nous, comment trouvons-nous l'endroit, combien de temps restons-nous, sommes-nous frère et sœur ? Quand nous répondons à cette dernière question que non, nous sommes un couple, immanquablement on nous dit que nous sommes un « très joli couple » (un sud-africain passablement ivre rencontré au Ghana nous a quant a lui qualifié de « fucking lovely French people » !) et on nous souhaite beaucoup de bonheur, de mariage, d'enfants... La balade reprend ensuite ; on traverse une zone plus pentue que la route contourne, les maisons sont plus proches, plus pauvres aussi, le chemin en latérite monte dru. Quelques épis de maïs sont plantés à un endroit où il s'élargit – il faut profiter de tout terrain disponible... Les gens vaquant à leurs occupations : une femme lave le linge, deux vieux palabrent et s'interrompent pour saluer Claude, un groupe d'enfants observe, très intéressé, ce qui se passe à l'intérieur de l'enclos d'un cochon. Nous continuons à grimper pour arriver à l'antenne qui se dresse au sommet de la colline : Claude veut nous montrer le panorama sur la ville. Nous saluons l'employé de la sécurité...

 

Et là, c'est le drame : le monsieur commence à nous chercher des noises :  « vous ne pouvez pas venir sur le site car vous êtes des étrangers, vous devriez demander une autorisation, avoir vos passeports, et toi (Claude) tu devrais avoir ta carte d'identité sur toi car en tant qu'autochtone tu es responsable d'eux, tu aurais dû savoir avant de venir que ce n'était pas autorisé comme ça », etc etc, pendant 10 minutes. Quand on répond que tant pis, on voulait juste voir la vue mais que si ce n'est pas possible, nous allons partir, le type se radoucit et nous dit « Non, vous pouvez tout de même aller jeter un coup d'œil, c'est juste derrière ». Bon, voilà autre chose. Nous y allons donc, et c'est vrai que la vue est jolie, la ville s'étend à flancs de colline, toits de tôle pointus et rouillés au milieu de la végétation luxuriante. Après quelques minutes, nous repartons ; et comprenons d'un seul coup l'attitude du type de la sécurité qui, sur nos talons, nous souhaite bonne route et ajoute « Et pour la bière ? ». On lui répond que ce n'était pas prévu, la bière, et on part sans demander notre reste. Tout ce cinéma, c'était donc pour ça. Exemple typique d'une forme de petite corruption, quasi insignifiante (quand bien même nous aurions payé une bière), mais bien présente partout et symptomatique...

 

Retour vers le marché en passant par la route cette fois. En repassant au marché par de petits passages tortueux dans lesquels l'on peine à se croiser, on en profite pour acheter de quoi goûter : Fan Milk aux fruits tropicaux et bananes (délicieuses). On grimpe l'autre versant de la colline, toujours accompagnés par les salutations des personnes que l'on croise. Quelques belles maisons, le quartier et plus chic. On débouche sur un des lycées privés de la ville, catholique. Des jeunes jouent au foot ; l'un des pères du lycée nous salue, on échange quelques minutes, conversation sympathique. Il parle de la nécessité pour les hommes de s'inspirer du modèle social des fourmis, entraide, solidarité, partage : si elles réussissent à le faire, pourquoi pas nous ? Sur cette conclusion philosophique, nous prenons le chemin du retour...

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Commentaires : 1
  • #1

    chris (lundi, 21 juin 2010 05:48)

    la philosophie des fourmis... :)