Namibia, première approche

En guise de clôture de notre séjour en Afrique de l'Ouest, un peu entre deux eaux, nous avions décidé de prendre quelques jours de repos / travail. Aussi, après

  • quelques rendez-vous sur Accra (organisation de lutte anti-corruption, réseau africain pour le développement, dîner avec des amis, …),

  • la visite du musée national, aux collections plutôt riches mais assez mal mises en valeur,

  • la rencontre à Cape Coast de l'équipe du projet Baobab, ONG dont l'objectif est d'amener à l'école les enfants non scolarisés ou déscolarisés de sa zone d'intervention – et de leur donner, au-delà des matières théoriques, des compétences pratiques leur permettant d'exercer un métier (CR... à venir...),

nous avons passé nos derniers jours complètement isolés sur un bout de plage à Cape Three Points.

Cape Three Points, c'est un petit paradis : entre les embouchures de deux rivières, une étendue de sable fin, l'océan, et quelques bungalows plantés là par Akwasi et Ketty, qui ont un projet d'éco-lodge / développement communautaire (sur lequel on reviendra aussi plus tard). Trois jours au calme... Travail : tentative -manifestement pas totalement couronnée de succès- de rattraper notre retard dans la rédaction d'articles et CR, préparation de la partie Afrique australe du voyage. Baignades, enfin possible en prenant garde aux courants, si agréables – imaginez-vous, pas de frisson qui recroqueville les orteils en rentrant dans l'eau, tellement elle est bonne ! Dégustation : les langoustes locales, délicieuses... Et aussi des balades, lectures, discussions avec les propriétaires des lieux, etc.

 

Et puis le vol vers l'Afrique australe. Comme aurait dit Nougaro, dès l'aéroport, on a senti le choc... La température d'abord : on a perdu 30 degrés en quelques heures ! Vent glacial sur Johannesburg puis Windhoek : ici, c'est l'hiver – et ça se sent (même si le thermomètre peut afficher jusque 25 à 35° en journée, suivant l'endroit où l'on se trouve).

 

Les bâtiments et infrastructures ensuite : nous voilà revenus, brutalement, dans la société de consommation, supermarchés et malls à l'américaine, carrelages et vitrines brillants et aseptisés, cafés cosy, multitude d'objets offerts à votre pouvoir d'achat – et plus seulement de l'utilitaire : on retrouve les babioles, la décoration, les trucs et les machins jolis mais inutiles, les mêmes articles disponibles dans 4 marques différentes… Une ville illuminée le soir, des poubelles dans les rues, des feux de signalisation et des panneaux directionnels. Modèle américain dans les quartiers que nous traversons : vastes maisons individuelles, souvent avec piscine, entourées de barbelés ou sous surveillance vidéo, une voiture par personne en âge de conduire, entretien par des femmes de ménage et jardiniers... La route entre l'aéroport et Windhoek, en excellent état – tout comme le taxi flambant neuf qui nous y emmène : ici, point de transports en commun, point de taxis collectifs ou de minibus.

 

En fait si, ils existent bien en ville – mais, comme nous dit une jeune Namibienne, « personne ne les prend, c'est pour les femmes de ménage... ». Car c'est cela aussi la Namibie, au-delà des sublimes paysages de cartes postales : un pays comptant parmi les plus fortes inégalités au monde. D'après les chiffres de 1993 (nous n'en avons pas trouvé de plus récents concernant la Namibie), le pays est le dernier (sur 124 pays étudiés) dans le classement selon l'indice de Gini, qui mesure « le niveau de distribution des revenus : le 0 signifie que les revenus sont uniformément répartis alors que le chiffre 1 correspondrait à l'accaparement par une seule personne de toute la richesse nationale » (source : Wikipédia). Le coefficient de la Namibie en 1993 était de 0,707 (contre 0,408 pour les Etats-Unis, 0,327 pour la France et 0,247 pour le Danemark – précisons que les données sont plus récentes pour ces 3 pays). Ce qui se traduit plus pratiquement : 75% de l'économie est sous contrôle de 5% de la population et 55% de la population vit avec moins de 2 $US par jour (PNUD, 2005).

 

Ces inégalités, nous n'avons fait que les frôler du bout des doigts pendant les 3 semaines (déjà) passées ici. Très clairement, deux mondes coexistent, se croisent parfois, mais ne se rencontrent pas vraiment. L'apartheid a pris fin ; pourtant, l'un de ces mondes est très majoritairement blanc, l'autre très majoritairement noir et coloured (métisse), quand bien même une certaine élite noire a émergé depuis l'indépendance du pays en 1992 (on vous reparlera de l'histoire de la Namibie un peu plus tard).

 

Ces inégalités, elles se matérialisent un peu partout pourtant, si l'on veut bien y prêter attention.

Dans ces villages du Nord du pays, semblables par bien des côtés aux villages d'Afrique de l'Ouest : absence d'eau potable et d'électricité, constructions de terre, revenus dépendant d'une agriculture de subsistance, enfants dans les rues et non à l'école, possédant pour tout jouet un pneu qu'ils poussent à l'aide d'un bâton...

 

Dans les townships qui se greffent aux grandes villes, Katutura à Windhoek, Mondesa et DRC à Swakopmund : chômage ou boulots aux salaires de misère, petites maisons colorées au toit de tôle abritant bien plus de monde qu'elles ne le devraient, assemblages de bric et de broc (tôle, bois, carton, …) quand l'argent pour vivre dans une vraie maison manque, « shebbeens » à tous les coins de rue (bars et lieux de vente d'alcool dans les townships)... Les traces de la ségrégation sont encore bien visibles au niveau de l'urbanisation, même si un début de mixité sociale semble s'installer en certains endroits. Encore faut-il préciser que ce mouvement s'opère à sens unique : si la classe moyenne noire émergente vient s'installer dans les quartiers plus cossus, point en revanche de blancs dans les quartiers noirs.

 

En ces hommes et ces femmes tentant de vendre aux touristes de passage les pierres semi-précieuses (ou le verre, s'ils tentent une arnaque) qu'ils vont chercher au prix de longues heures d'effort dans les montagnes où ils ont planté leurs pauvres maisons au milieu de rien.

 

Au moins, ce dont sont riches tous les Namibiens, c'est d'espace. Certains y fleurissent, d'autres y végètent.

 

 

 

 

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