Afrique du Sud, patchwork

Durban, dimanche après-midi.

Berea, quartier blanc sur la colline. Personne dans les rues ensoleillées, aux maisons cossues cachées par des haies et des murs, seulement des voitures – le seul endroit montrant un peu de vie est le centre commercial du coin...

Centre-ville globalement vide de piétons à l'exception de quelques rues. Ambiance pesante, on se croise en évitant de se regarder, d'un pas rapide – l'endroit n'est pas très conseillé bien que pas formellement déconseillé...

La plage. La foule sur la plage. Le long de la promenade, dans l'ombre alanguie des buildings du centre-ville et du stade flambant neuf, les gens avancent paresseusement, se croisent, une glace ou un bout de pizza à la main. Arc en ciel de peaux : blanches, bronzées, mates, métisses, franchement noires. La nation arc-en-ciel, ça doit être un peu ça... Minorité indienne bien visible (la province du Natal a été annexée par les Anglais à la fin du 19ème siècle ; ils y firent venir « sous contrat » un grand nombre d'Indiens – en réalité le système s'apparentait à de l'esclavage. Ghandi fit partie de ces nombreux travailleurs et c'est à Durban qu'il développa ses idées sur l'action non-violente). On retrouve la religion musulmane : certaines femmes sont voilées de noir de pied en cap, contrairement aux musulmanes ouest-africaines, le plus souvent vêtues de manière « laïque ». Ambiance de fête foraine, en musique et en famille. Première fois que nous voyons vraiment des familles noires profiter d'un moment de loisir, ensemble : ici, on est suffisamment à l'aise pour se permettre un moment de repos et une friandise un dimanche après-midi, ici, les conventions sociales n'imposent pas une séparation hommes / femmes.

 

Cape Town. Long Street : des maisons victoriennes du 19ème siècle ont résisté à l'invasion des tours modernes poussées deux rues plus loin. Atmosphère londonienne, boutiques d'antiquaires et vieilles librairies, piétons flânant, agréable.

Khayelitsha, à une vingtaine de kilomètres du centre : deuxième plus gros township du pays après Soweto ; du monde dans les rues calmes et ensoleillées, goudronnées, femmes, jeunes, enfants discutant, jouant, travaillant de menus travaux ; maisons en dur ou baraquements précaires faits de tôle, de bois, de tout ce qu'on trouve, aux intérieurs simples mais pas dénués de tout confort (pour ce que nous avons vu... et cela nous a assez surpris).

Kloof Street : cafés et restaurants se succèdent, pleins des habitants du coin – tous Blancs, venus partager un café, un gâteau, une bière.

Neighborgoods market, le samedi à Salt River : une foule blanche, trendy, se presse au milieu des étals couverts de mets tous plus délicieux les uns que les autres (sur le rayon français, pâtés et fromages viennent directement de France deux fois par semaine par avion) et des rayons pleins de vêtements design. Les prix suivent le standing. A deux pas, les messieurs de la sécurité empêchent les gens susceptibles d'être des pickpockets ou voleurs de rentrer. Délit de faciès : avis aux looks de miséreux, dans ce quartier métisse très modeste : interdits de passage ! Enclave de confort -qu'on apprécie sincèrement quand on a la chance de pouvoir y accéder...- dans un monde plus pauvre.

 

Afrique du Sud, autre visage de l'Afrique. Une vraie palette à soi tout seul, des grandes cités cosmopolites aux bourgades provinciales, si différentes selon qu'elles sont à majorité blanche ou noire, des plages paradisiaques de la Wild Coast aux montagnes du Drakensberg... Des mondes si éloignés, qui ont encore du mal à faire davantage que se croiser. Pendant des années, les Blancs ont employé – ou donné du travail, selon le point de vue - les autres : serveurs, femmes de ménage, agents de sécurité, ouvriers agricoles, ouvriers en bâtiment. Ca change, tout doucement...

 

Reste un certain antagonisme, bien qu'on ne l'avoue qu'à demi-mot. On se fait peur les uns les autres. Ainsi de cette aimable pharmacienne d'une petite ville côtière, qui nous conseille en sous-entendus de ne pas faire du stop avec un Noir. Ou bien ce couple charmant qui nous emmène gentiment à notre backpackers à Durban (le taxi commandé à la gare routière ne s'est pas montré) : « Soyez très prudents ! Quand vous allez en ville, faites attention aux taxis, ils vous arnaquent. C'est dommage de dire ça mais le crime ici a beaucoup augmenté... Ca serait bien si le pays pouvait former un seul bloc comme il l'a fait pendant la Coupe mais maintenant c'est fini, chacun repart à la défense de ses propres intérêts ». Ou ce jeune couple, avec lequel nous passons une agréable soirée en backpackers, dont les visages se sont métamorphosés en nous entendant évoquer notre brève expérience du stop – indispensable pour arriver ici : les yeux écarquillés, les deux nous disent « Jamais nous on ne vous aurait pris en stop. On a trop peur. On ne pas savoir si tu ne vas pas sortir un flingue pour nous braquer... ». Alors même que le stop nous a, en l'occurrence, été conseillé par la réceptionniste du backpackers, très rassurante... la seule différence est qu'elle est noire, la réceptionniste.

 

Nous savons que le pays compte un fort taux de criminalité. Mais où est la part de fantasme et la part de réalité ? Les quartiers blancs sont barricadés derrière alarmes, barbelés et systèmes de sécurité ; dans beaucoup, on n'imagine pas faire un trajet de 10 minutes à pied... L'atmosphère en devient pesante, on voit un potentiel criminel derrière chaque visage... Pourtant, jusqu'à présent, nous n'avons assisté à aucun acte de violence quel qu'il soit, dans les grandes villes ou en dehors (les campagnes et petites villes étant en principe moins exposées).Même dans les grandes villes, les choses changent quand on commence à avoir des repères ; quand on se familiarise avec les lieux, on s'y sent plus à l'aise. Etait-on parano avant ou devient-on laxiste ? Quoi qu'il en soit, nous ne sommes pas les seuls Européens à trouver l'ambiance pesante et déconcertante. (NB : précisons que nous n'avons jamais entendu de propos racistes de la part des uns ou des autres ; tenus sur le ton du constat, ils traduisent surtout une méfiance, chargée d'excuses et de regrets.)

 

En tous cas, après avoir passé du temps en Afrique de l'Ouest, nous nous sentons tout de même plus à l'aise – à tout le moins dans les communautés blanches urbaines -, car nous retrouvons un certain nombre de codes sociaux et une façon de vivre proches de ceux que l'on connaît en Europe. Ce qui fait dire à un Camerounais rencontré sur un marché de Durban : « Ici c'est pas l'Afrique. La vraie Afrique on la voit en Afrique centrale et en Afrique de l'Ouest ». Un peu dans le même ordre d'idées, une Finlandaise expatriée en Namibie nous raconte que des amis lui ont présenté le pays comme « Africa for beginners » (l'Afrique pour les débutants). Les lodges et autres hotels s'enorgueillissent quant à eux, sur leurs brochures et sites web, d'offrir à leur clientèle tout le confort souhaité, plus « a taste of Africa » (un parfum d'Afrique) ou un « african sunset » (coucher de soleil africain).

 

Parce que l'Afrique du Sud et la Namibie ont, à tout le moins dans les grandes villes, développé un mode de vie plus occidentalisé (pour certains), elles ne sont plus perçues comme véritablement africaines. Encore une histoire d'imaginaire... Ici aussi c'est l'Afrique, un continent à plusieurs facettes, voilà tout ! Du Maroc au Congo, du Mali au Botswana, de l'Afrique du Sud au Kenya. 

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Commentaires : 1
  • #1

    Clifford (dimanche, 22 juillet 2012 10:27)

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