Depuis Cotonou

[Ecrit le mardi 12 mai]

 

Cotonou. Notre 3ème « capitale » africaine (précisons que la capitale administrative du Bénin est Porto Novo ; Cotonou n'en est que la capitale économique). Nous y sommes arrivés dimanche, après avoir traversé le pays du Nord au Sud en faisant escale d'abord à Tanguiéta, puis à Koussoucoingou (cf. notre précédent billet), Natitingou, et enfin Abomey / Bohicon. Dans les cars, nous avons été bercés par la musique locale – plus souvent en français que lorsque nous étions au Mali. Mais on doit avouer que finalement, ce n'était peut être pas plus mal de ne pas comprendre les paroles... Les chauffeurs (et peut-être aussi les passagers ?) manifestent un goût certain pour les balades, à notre goût, très sirupeuses dans lesquelles l'artiste peut hurler 15 fois d'affilée « Je t'aime », se demander qui choisir entre « la jolie Fanta » et « la gentille Amina », déclarer son amour à sa dulcinée sur le mode« je vais lui offrir mon cœur dans un grand bouquet de fleurs », … Sinon, il y a le reggae catho, pas mal aussi dans son style.

 

A Natitingou, nous n'avons pas fait grand chose, n'y passant qu'une demi-journée et une nuit. Repos, cyber, et soirée sympathique en compagnie de Dany et Nadine, les deux françaises chez qui nous passions la nuit ; elles sont venues s'expatrier au Bénin il y a près de 2 ans et ont monté une petite structure hôtelière fort agréable – après notre nuit sur la terrasse d'un tata, ça nous a fait du bien. Si jamais vous passez par le Bénin, on vous recommande l'adresse!

 

Abomey a été une étape déconcertante. Ville tranquille en apparence, avec ses larges avenues bordées d'arbres et demeures coloniales en pagaille, c'est la capitale du vaudoun, où la Cour suprême du vaudoun a d'ailleurs son siège. Le vaudoun est la religion traditionnelle au Bénin, réputée pour les sorts, envoûtements, fétiches et empoisonnements qui y sont liés...

 

On avait déjà entendu des histoires quelque peu effrayantes sur ce sujet au gré de nos rencontres : décès du mari qui quitte sa femme quelques semaines après la rupture, secrétaire vengeresse qui empoisonne toute son équipe, menaces, guéguerre entre 2 féticheurs (c'est mon fétiche qui est le plus fort et pas le tien !) aboutissant au décès de 2 des filles de l'un d'entre eux, 9 et 14 ans, en une semaine d'intervalle et dans des circonstances étranges... Pas rassurant tout ça, mais il paraît que les envoûtements et fétiches ne fonctionnent pas sur les Yovos (les Blancs) – ouf, c'est déjà ça (mais reste à prendre garde aux empoisonnements) !

 

Quoi qu'il en soit, nous avons rapidement plongé dans cette ambiance étrange à notre arrivée à Abomey, comme vous aller le constater avec le récit de notre premier déjeuner. Tranquillement assis dans un maquis, nous voyons arriver un type, blanc, l'air un peu bizarre (en fait, il est juste totalement ivre – comme nous l'indiqueront les nombreuses bouteilles de bière vides sur sa table, un peu plus tard). Il nous demande avec un drôle d'accent (normal, il est Allemand... et éméché) si on est Français. Oui, on est Français. Et là, il nous sort : « ils ont brûlé deux hommes, là derrière », en montrant la rue presque voisine. Nous nous regardons, franchement ébahis, ne sachant quoi répondre, nous demandant si c'est du lard ou du cochon... Mais le patron du maquis confirme – et explique : apparemment, une pratique en vogue ces derniers temps consiste à tuer de jeunes enfants pour récupérer leur sang pour « faire de l'argent » (on peut en effet transformer le sang d'enfants en billets de banque grâce à un « torchon magique »... à moins qu'il ne s'agisse de sacrifices destinés à des fétiches ?) ; on retrouve ensuite les cadavres en brousse... La population est à bout et ne supporte plus ces assassinats, tout en considérant la police comme incapable. Il semble donc que les 2 personnes en question aient été soupçonnées de vouloir enlever un gamin du coin. Du coup, vindicte populaire, lynchage, essence, flammes, deux cadavres. On ne rigole pas dans le coin. A moins qu'il ne s'agisse d'un règlement de compte au sein d'une même famille, entre frères, comme nous l'ont affirmé deux autres personnes ? En tout état de cause : bienvenue à Abomey ! (Du coup, lors de la suite de notre déjeuner, on a vu d'un tout autre œil la patronne lorsqu'elle est sortie de derrière le bar armée d'un grand couteau... finalement bien inoffensif !)

Si vous ajoutez à cela :

  • le « secret aimable » d'un autre type un peu éméché le même soir (il a levé le coude « mais dans le bon sens du terme »), nous conseillant de manger à notre hôtel plutôt que de sortir car « Abomey est devenue dangereuse, on risque de vous couper la tête » ;

  • les paroles d'un guide local, se voulant au contraire rassurant : « mais non, ce sont des bêtises, vous ne craignez rien, les touristes ça fait 20 ou 30 ans qu'on ne leur a rien fait » - hum ;

  • les zems (motos taxis) avec qui on se fatigue à discuter de longues minutes car, ville touristique oblige, ils se croient autorisés à multiplier leurs tarifs par 4 pour les blancs,

  • les quelques billets que nous avons été obligés d'aligner sans l'avoir prévu – pour des raisons qui seraient trop longues à expliquer ici,

vous comprendrez que nous n'étions pas insatisfaits de quitter la ville après 3 nuits (dont en réalité, une à Bohicon à 9 kilomètres de là).

 

Nous avons tout de même mis à profit notre passage, sur le plan des projets. Nous avons visité le centre de séchage des fruits tropicaux (et pu à l'occasion goûter ananas et mangue séchée, ainsi que le jus d'ananas local – délicieux !), initiative d'une structure associative qui tend à devenir entrepreunariale, et qui commercialise sa production en commerce équitable. Nous avons également rencontré les responsables de l'Association béninoise pour l'éveil et le développement (ABED), qui a mené avec le PNUD, le GEF et le Barefoot College un programme d'électrification solaire en milieu rural – nous avons d'ailleurs pu échanger avec les villageois puisque nous nous sommes rendus à Hon, l'un des 2 villages solaires concernés. Cela a aussi été l'occasion de goûter le sodabi, alcool local de palme. Ça arrache !

 

Nous sommes arrivés dimanche à Cotonou. Ulrich, ami que Thomas avait rencontré au Mali, nous prend en charge immédiatement : déjeuner dans une fête de communion où il se trouvait à notre arrivée (on goûte l'ablo, gâteau de riz cuit à la vapeur, c'est très bon), bière dans un maquis, spectacle de « revenants »... Il nous emmène, le soir, dans une pension pas très chère où l'on s'installe le moral en berne (chambre un peu déprimante, propreté douteuse, …). Depuis, on a déménagé, pour une auberge de volontaires à peine plus chère, à deux pas de chez Benoît (dont nous vous avions déjà parlé ici) et que nous avons retrouvé après son passage au Togo.

 

Jusqu'à maintenant, nous avons surtout pris nos marques. Au premier abord, Cotonou ressemble à une gigantesque fourmilière : ville étendue, circulation la plus intense qu'on ait eu l'occasion de voir depuis notre arrivée en Afrique de l'Ouest (motos, zems -taxi-motos-, taxis, véhicules particuliers, 4X4, camions de travaux... c'est le bazar !), plein de petites échoppes sur le bord du goudron, qu'on éclaire à la lampe à pétrole le soir, pas mal de piétons aussi, ça s'agite, ca grouille dans tous les sens... On constate aussi, intuitivement mais clairement, l'élévation du niveau de vie par comparaison avec le Burkina et le Mali : ville bien structurée, davantage de véhicules type Berline, davantage aussi de petits supermarchés à l'occidentale, apparition de boulangeries – pâtisseries, prix globalement plus élevés, publicités pour Blackberrys, vin dans les maquis / restos...

 

Globalement (pas seulement à Cotonou), on constate un poids important de la religion. Eglise évangélique des assemblées de dieu du château, église méthodiste, église d'évangélisation « la parole de dieu au monde », église du christianisme céleste... Il y en a pour tous les goûts. Et la religion chrétienne est très pratiquée si l'on en croit les noms des échoppes locales : pressing « A la grâce de dieu », studio photo « L'œil de dieu », Lavage auto-moto « Dieu le très haut », boulangerie « Dieu est grand » … Moins anecdotique, plus préoccupant, nous avons croisé dans un village un instituteur qui nous a très sérieusement expliqué que, si nous sommes sur Terre, c'est que nous avons un Créateur ; que les Européens ont une théorie selon laquelle l'Homme descendrait du singe mais que ce n'est pas possible, car l'Homme descend d'Adam et Eve... Voilà sans doute ce que les enfants apprennent à l'école. Les évangélistes ont bien fait leur travail (NB : au Mali, la religion était aussi très présente – mais musulmane ; au Burkina, Dieu est aussi très présent : ce n'est pas une spécificité béninoise. Quant au rejet de la théorie de l'évolution, rappelons que certaines églises américaines le prônent également...). Et lorsque les gens apprennent que nous sommes l'un athée, l'autre « décroyante » -selon une jolie formule utilisée par un de nos amis-, ils ont peine à le croire...

 

Niveau climat, la chaleur, relative (30 à 33 °C) mais très humide (l'hygrométrie atteint 95% le matin ici), nous saisit dès l'arrivée. C'est surtout en sortant d'une pièce ou d'une voiture climatisée que l'humidité est sensible : l'air est suffocant.

 

Sinon, nous avons pas mal vu Ulrich qui nous a emmené déjeuner avant hier (igname pilé, autre spécialité locale) et nous a un peu montré la ville, pris nos visas pour le Togo, déjeuné ce midi dans un resto végétalien rasta très sympa avec Benoît... A partir de demain on enchaîne avec un emploi du temps plutôt chargé sur différents projets. On vous tiendra au courant, bien sûr...

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Commentaires : 5
  • #1

    Océ-Akou (mercredi, 09 juin 2010 14:33)

    Euh... je suis tombée par hasard sur votre post, c'est une bien mauvaise image du Bénin que vous donnez! Si on vous lit, ça a limite l'air effrayant! Vous vous êtes arrêté à tt les clichés du vaudou (j'étais effarée!) et Abomey s'apparenterait à un ghetto super dangereux... Alors qu'il n'y a pas plus calme et sûr que le Bénin dans la région! Sous prétexte de romancer un peu votre voyage, ça donne un récit à la limite du convenable, presque Tintin au Congo! "on risque de vous couper la tête" = foutage de gueule et vous marchez à fond. A force de chercher de l'exotisme et de l'aventure, on finit pas s'en inventer...

  • #2

    T&A (mercredi, 09 juin 2010 15:41)

    Désolés si notre article a pu donner un air de Tintin au congo. Ce n'était évidemment pas notre objectif. Nous n'avons fait que décrire quelques anecdotes bien réelles qui retracent notre passage éphémère à Abomey. Il ne s'agit pas d'une analyse du vaudoun ou d'une critique, mais seulement de faits et ressentis (partagés par certains de nos interlocuteurs dans le pays). Force est de constater que nous n'avons pas vécu cette ambiance ailleurs. Pour le reste, nous avons également passé de très bons moments au Bénin et n'avons jamais souffert d'aucune insécurité. Le vécu et le ressenti ne se discutent pas, ils s'échangent tout au plus, mais ne suffisent évidemment pas pour tirer des conclusions générales (ce que nous ne faisons pas).
    Bien à vous, au plaisir de vous revoir sur le site, ailleurs...

  • #3

    Dale (dimanche, 22 juillet 2012 23:43)

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  • #4

    Juicers Reviews (samedi, 04 mai 2013 16:21)

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  • #5

    Célia (mardi, 10 décembre 2013 06:10)

    Bonjour
    Mon message vient en réponse à oce-akou. Je ne partage pas du tout l'avis selon lequel vous décrivez des clichés et rien dans votre récit ne m'effare. Le bénin ne se résume pas aux scènes que vous avez vécus à abomey loin de la mais il n'empêche que les scènes de vindicte populaire existent réellement à abomey et ailleurs d'ailleurs . Et si par hasard il s'en est produit lors de votre passage vous n'allez pas ne pas le raconter sous prétexte de choquer les uns et les autres . Je suis née et j'ai vécu 20 ans au venin afin de m'expatrier. Depuis que j'ai quitté le bénin paradoxalement j'aime encore plus mon pays d'origine . J'ai pour habitude de dire que c'est un joyeux bordel organisé ma ville de Cotonou alors je trouve votre description très réaliste . Bon vent donc pour le reste de votre périple que j'espère riche en émotions .