dim

07

fév

2010

Pain de singe

Nous l’avions d’abord connu par son jus, goûté un soir au hasard d’une soirée à Bamako, doux et sucré. Puis nous l’avions aperçu, pendouillant au bout de sa longue tige, du haut des branches biscornues des baobabs si nombreux dans la brousse s’étendant de part et d’autre des routes maliennes. Nos récentes sorties à l’intérieur du pays nous ont permis de l’approcher de plus près et même d’y goûter. Une écorce dure comme du bois, recouverte d’un duvet vert  pomme légèrement urticant… Et à l’intérieur une chair toute déshydratée, entourant des petites graines noires. Ca se suce par petits morceaux, comme des bonbons. Sucré-acidulé, plutôt agréable en fait !

 

Et ce n’est que l’un des atouts du baobab : comme dans le cochon, (presque) tout est bon ! Les fibres de l’écorce, très résistantes, utilisées pour tresser des cordes (notamment au pays dogon) ; les feuilles, intégrées dans la sauce du tô (la pâte de mil qui constitue le repas quotidien de nombreux Maliens) ; les fruits, consommés tels quels ou en jus (à savoir, ils contiennent 2 fois plus de calcium que le lait !) ; les graines, consommées grillées. Seul le bois est inutile, car gorgé d’eau…

 

En plus de tout cela, il a du charme. Que serait la brousse sans ce géant biscornu, au tronc massif et aux branches tordues et griffues ?...

 

[Pour continuer sur la piste végétale – il y a beaucoup à dire, car les Africains connaissent et exploitent quotidiennement les vertus des arbres et plantes qui les entourent -, allez lire notre article consacré au bogolan ici !]

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mer

03

fév

2010

Encore un peu de vrac

[Pour info, mise en ligne ici d’une enquête aussi longue que passionnante (hum…) sur l’or blanc du Mali, i.e. le coton]

 

Un peu de football d’abord : la CAN a pris fin dimanche dernier, faisant grimper sur le podium l’Egypte, suivie du Ghana et du Nigeria. Le Mali avait été éliminé dès le début – suscitant les commentaires blasés des Maliens sur cette équipe qui ne sait pas jouer et, de toutes façons, gagne trop d’argent.

 

Une anecdote ensuite (qui n’a pas fait rire Thomas) : Amélie, dans le cadre de son évaluation de projet, rencontre pas mal de gens à qui elle fait passer un entretien. Dont des gens bien placés, des notables. C’était le cas hier ; discussion de presque une heure avec le monsieur, la quarantaine, fort caractère mais plutôt sympathique. Sauf que… A la fin de l’entretien : « Alors au revoir… Madame ou mademoiselle ? » « Mademoiselle » « Ahah ! Eh bien mademoiselle, celui qui se tient devant vous, il est partant ! ».

...?!!! On préfère ne pas se demander pour quoi exactement le bonhomme était partant. Ce qui est sûr c’est qu’ici, la Blanche est fort courue. Enfin d’ailleurs, le Blanc aussi (à Mopti, une jeune femme qui nous regardait passer depuis la terrasse de sa maison a lancé à Thomas un très clair « Je t’aime ! » - c’était la 1re fois qu’on nous faisait ce coup là !). C’est bien connu, quand l’offre est faible, la demande est forte !

 

Un peu de climat : la trêve fut brève… Malgré l’harmattan qui continue à souffler ces derniers jours (beaucoup, beaucoup de poussière), les températures commencent à remonter. En principe c’est plutôt à la fin du mois de février… Vous avez dit changement climatique ?

 

Enfin on avance dans la préparation de notre partie itinérante. Les grandes lignes seraient : départ le 15 mars de Bamako, on quitte le Mali le 27, traversée (dans l’ordre) du Burkina, Bénin, Togo, Ghana ; on s’envole vers la mi-juin pour la Namibie (histoire de ne pas atterrir dans une Afrique du Sud survoltée par la Coupe du monde de football), puis incursion au Botswana et passage en Afrique du Sud avant le retour en France programmé pour la toute fin août…

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mer

03

fév

2010

Prise de contact avec le pays dogon

Après une nuit peu reposante, nous décollons à 7.00 du centre, où Souleymane, plutôt silencieux, est venu nous chercher. 2 kms à pied pour rejoindre la gare routière d’où part le minibus pour Bandiagara. Décollage quand c’est plein - évidemment il n’est « pas plein, mais presque »… Petite attente (ça aurait pu être bien pire), mise à profit par les éternels pots de colle vendeurs de pacotille pour essayer de nous refiler qui un chapeau peuhl, qui un bracelet… On laisse faire, on éconduit, on commence à être habitués.

 

Puis une heure et demi de route, petites sardines bien calées entre les autres passagers. Le paysage est fantomatique sous l’effet de l’harmattan, lumière pâle du soleil matinal voilé de poussière sur les baobabs, les palmiers rôniers et les rochers… Arrivés à Bandiagara, nous attendons, dans une gargote affichant de manière improbable une attestation de parfaite hygiène dressée par un pharmacien, le taxi que Souleymane a appelé pour nous conduire à Sangha. Lui-même est parti nous acheter des fruits. La gargotière nous propose des brochettes… Il est 9.30, merci, ça ira ! Devant nous, des cochons très poilus farfouillent dans les sacs plastiques et autres déchets. Ca sera à peu près notre seule vision de Bandiagara la mythique, ville d’Hampâté Ba (le plus célèbre écrivain malien, on en a un peu parlé et vous pouvez aller voir notre bibliographie pour quelques titres), de Tierno Bokar (le « sage » de Bandiagara : maître coranique respecté, prônant contre le puritanisme déjà présent à son époque tolérance et ouverture d’esprit) et de tant d’autres…

 

Encore une heure et demi de trajet pour effectuer les 35 kms qui nous séparent de Sangha. Nous supportons assez bien les secousses de la mauvaise piste, engoncés que nous sommes dans la banquette arrière défoncée du taxi. Les premiers villages, reconnaissables entre mille, pointent le bout de leur nez de temps à autre. Quelques champs d’oignons très verts. Et puis Sangha : passage sous une arche de bienvenue plutôt laide, et sur le plateau rocheux aride, premières maisons, assez espacées, pas très typiques, bâtiments modernes du futur marché artisanal pas encore fonctionnel… Rien de bien enthousiasmant !

 

Souleymane nous emmène déposer nos sacs chez lui. Dans la cour, plusieurs femmes qu’il ne nous présente pas, et des enfants, des poules, un mouton. On se pose quelques minutes et là, 1re bonnesurprise depuis hier soir, il nous sort sa carte de guide homologué. On commençait à ne plus y croire ! Pour commencer, il nous propose d’aller faire le tour de quelques villages de Sangha avant de déjeuner un peu tardivement et de profiter de la fin d’après-midi pour nous reposer avant nos grandes journées de marche. Marché conclu !

Circuit de l’après-midi : Ogol du Haut, Ogol du Bas, tunnel de Gogoli. 6 kms pour goûter aux saveurs du pays dogon : aperçu du panorama sur la falaise (impressionnante malgré la visibilité réduite à cause de la poussière qui obsurcit toujours l’horizon), ocre des maisons en banco contre gris du plateau, tables de divination du renard pâle, maison du hogon et autels sacrificiels, greniers des hommes et des femmes, maison des femmes et autres traditions que nous vous expliquerons plus en détail…

 

Pincement au cœur en voyant les enfants, à notre passage, se rassembler pour entonner un « chant de bienvenue aux touristes ».  Le traditionnel « ça va ? » (même à 2 ans, sans savoir parler français, ils connaissent ces 2 mots !), voire les demandes « toubab, le bicou ! » (ici tout est en « ou » ! à Bamako c’est le bici…), on ne peut pas y échapper, mais le chant, on ne connaissait pas et on aurait préféré s’en passer…

 

Admiration devant le travail des femmes dans la cour de Souleymane : teinturières, elles fabriquent les indigos traditionnels…

 

Et aussi, prise de contact avec la réalité quotidienne de nombreux villages africains : pas d’eau courante (douche au seau – tout un art !) et pas d’électricité (vivent les frontales !) sauf pour les maisons à panneaux solaires ou groupe électrogène. Les conditions de vie sont spartiates (et encore, Souleymane nous loge dans une chambre de passage en dur avec un vrai matelas au sol) mais ça n’est pas vraiment un problème. On le savait et puis il faut qu’on s’habitue, ça va être comme ça pendant un moment une fois que nous aurons quitté Bamako !

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dim

31

jan

2010

Dures négociations à Sévaré

Souleymane, notre guide : un brin arnaqueur mais tout de même un bon guide

Comme annoncé, nous avons donc profité de la mission d’Amélie dans l’antenne de Sévaré (ville voisine de Mopti) pour pousser quelques kilomètres plus loin, jusqu’au pays dogon. Un des collègues d’Amélie, lui-même Dogon, nous avait mis en contact avec un guide de sa connaissance, Daou, que nous avions contacté avant de quitter Bamako. Lui-même n’était pas disponible pour la période souhaitée, mais il pouvait nous recommander « un de ses employés en qui il a confiance ». OK, et pour le circuit, on a déjà une idée de ce qu’on voudrait faire, qu’est-ce que vous en pensez ? « Ah mais on va discuter de ça quand vous arriverez à Sévaré, on viendra vous chercher à la descente du bus et on discutera… ». D’accord, et pour les tarifs ? « Ah lala, ne t’en fais pas pour les tarifs, vous êtes recommandés par un ami, je te garantis que ça ira » … Oui mais encore ? « Bon, il ne faut pas trop discuter parce que le téléphone ça coûte cher, on verra ça aussi ensemble à Sévaré … » « Oui mais là c’est moi qui vous appelle ! » « Ah oui mais il faut que ça soit équitable »… Embobineur de première, mais on n’a pas trop le choix, RDV est donc pris à Sévaré le dimanche soir.

 

Bamako Mopti. Foire d’empoigne au moment de récupérer les billets le matin, les employés de la compagnie prenant tous en même temps leur petit dèj’ sans aucune considération pour la file de clients qui s’allonge et s’impatiente. Pour le reste, nous sommes agréablement surpris par l’organisation, les bagages se voient attribuer un numéro, l’entrée dans le bus se fait par ordre d’achat des billets… Mieux que l’organisation d’Eurolines ! Et puis 10 heures de bus, moites dès 10.00 du matin… A Ségou montent 2 Irlandaises. Un peu paumées, elles nous confient que c’est pas facile, ce pays, sans la langue française… Tu m’étonnes ! D’ailleurs, les pauvres louperont leur arrêt au carrefour de Djenné, faute d’avoir entendu le chauffeur l’indiquer…

 

C’est un peu lessivés que nous arrivons à Sévaré, où nous sommes attendus par le collègue d’Amélie. Au centre, nous rejoignent bientôt Daou et son « employé en qui il a toute confiance » - qui se révèlera être son grand frère -, Souleymane. Les discussions commencent : définition du périple (de Sangha à Sangha, en boucle, cf. carte), sur 5 jours. Et vient l’annonce du prix. Coup de massue, notre budget max est largement dépassé. On négocie ferme, pendant quasiment une heure. Impression d’être un peu piégés : comment dire non à ce guide conseillé gentiment par le collègue d’Amélie, qui est présent ? Et pourtant, on trouve qu’ils exagèrent, sans manifester la moindre souplesse (refus de dissocier les tarifs de guidage et autres prestations au prétexte fallacieux que l’on nous fera payer 2 fois plus cher – alors que les tarifs mentionnés dans notre guide correspondent à ceux qu’ils connaissent ; refus de passer la nuit dans des hébergements autres que ceux qu’ils fréquentent habituellement, etc). Le discours bien rodé et ultra commercial de Daou (« nuit sous 10000 étoiles », « attention le matin pas question de demander du pain hein, on mange local, c’est beignets de farine ») ne nous plaît pas davantage.

 

Finalement nous tombons d’accord sur un tarif qui nous semble plus raisonnable, bien qu’au-delà de la fourchette haute de ce que nous nous étions autorisés (et pour cause : ce tarif représente à peu près 5 fois le coût moyen de notre vie à Bamako depuis le début du séjour, incluant tous nos postes de dépenses !).

 

Le séjour commence mal, nous sommes dépités et avons le sentiment de nous faire avoir sans pouvoir mettre le holà. Piètre consolation de se dire que, pleine saison touristique oblige, nous n’aurions pas pu obtenir moins…

 

Mais de cette façon, nous rentrons de plain pied dans une des réalités locales : le blanc est perçu comme ayant de l’argent. Tout le monde est mis dans le même panier, des touristes en 4x4 ne s’arrêtant dans les villages que pour manger et acheter sans négocier l’artisanat local aux randonneurs désireux de découvrir la région et sa population de manière plus respectueuse. Très frustrant, mais il faut que nous nous habituions à ce sentiment car il ne nous quittera pas pendant 6 jours…

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dim

31

jan

2010

Bamako, home sweet home

Les 2 oisillons tout juste sortis de l'oeuf sur notre rebord de fenêtre !

Après ces presque 2 semaines d’absence, qu’il est bon de revenir chez soi ! De s’entendre héler dans la rue par l’un des gamins du quartier qui nous souhaite « Bonne arrivée ». De pouvoir échanger à nouveau quelques mots dans une langue que l’on maîtrise mal, mais suffisamment pour établir un contact. De retrouver les voisins, les filles, les amis, qui tous demandent comment était le voyage, si nous allons bien, etc. Bref, de bénéficier de cette chaleureuse attention de tous, qui nous a tant manqué au Pays dogon (et qu’on ne retrouvera pas en France non plus, d’ailleurs ! pas dans les mœurs…).

 

Et, surprise, sur l’appui de fenêtre de la cuisine, une petite famille nous attend pour nous souhaiter la bienvenue…

 

NB : s'agissant du pays dogon, nous vous raconterons la marche à proprement parler ici, sur le blog. Les éléments plus détaillés sur la culture, l'histoire, l'économie du pays dogon seront présentés dans la partie "Pays traversés / Mali". Un premier article de cadrage vous y attend !

Et nous allons aussi essayer de rattraper le retard pris pour partager nos vacances de Noël... :-)

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lun

25

jan

2010

On revient du pays dogon...

Nous sommes bien revenus du Pays Dogon ; Amélie est encore à Mopti pour quelques jours de travail tandis que Thomas est rentré directement à Bamako.

 

Nous revenons avec des sentiments ambivalents, comme seule l'Afrique sait vous en emplir. Cette région du Mali est impressionnante de par le poids et l'importance de la culture dogon. Les constructions et les pratiques culturelles sont remarquables. D'ailleurs, le tourisme qui est devenu une source de revenu prépondérante repose très largement sur ces caractéristiques "insolites". Pour le meilleur (construction d'écoles, de puits, de retenues d'eau...) et pour le pire. Nous avons trouvé les relations humaines totalement différentes de celles du reste du Mali, peu existantes voire fausses : les Toubabous ne semblent plus être vus que comme des porte-monnaies sur pattes. Alors on ne sait que conclure sur le bilan global du tourisme et de "l'ouverture sur le monde" de cette magnifique région. 

 

Photos (pas disponibles pour l'instant pour des raisons techniques) et commentaires supplémentaires à venir !

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sam

16

jan

2010

On part au pays dogon...

Nous partons demain pour une semaine au pays dogon (sur une carte, cherchez Bandiagara : la falaise, le plateau et la plaine dogons sont juste à côté, un peu à l'est). Thomas rentrera dimanche, Amélie un peu plus tard car elle continuera sa mission d'évaluation de projet à Mopti.

 

Pendant cette période, nous n'aurons pas d'accès à Internet : pas d'inquiétude à avoir, tout va bien !

 

En rentrant on aura encore plein de choses à vous raconter qui s'ajouteront à toutes celles que l'on vous doit déjà - et, promis, on répondra à tous nos mails en retard...

 

A très bientôt !

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dim

10

jan

2010

Mali Angola : 4 partout !

C’est la fête à Bamako ! Pétards en tous sens, klaxons et clameur impressionnante montant de toute la ville… Que nous vaut tant de ferveur ? Eh bien, le Mali vient de faire match nul contre l’Angola, au cours du match d’ouverture de la Coupe d’Afrique des Nations 2010 - un match de folie !

 

La CAN a été très médiatisée ces derniers jours au travers de l’attaque menée contre l’équipe du Togo par les Forces de libération de l'Etat du Cabinda (FLEC). Pour mémoire, Cabinda est une province angolaise très riche en pétrole enclavée entre RDC et République du Congo ; jamais soumise au colonisateur portugais, elle n’accepte pas non plus d’appartenir à l’Angola et revendique son autonomie depuis l’indépendance de ce dernier Etat en 1975. Officiellement, la lutte armée a pris fin en 2008 mais la guérilla continue sur le terrain. Dans le cadre de la CAN, le groupe B (Togo, Côte d’Ivoire, Ghana, Burkina Faso) est basé au Cabinda, l’objectif affiché par le Comité d’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (COCAN) étant la pacification. Pas gagné pour le moment…

 

Quoi qu’il en soit, le premier match de la coupe se jouait ce soir. A la mi-temps, 1-0 pour l’Angola, au terme de 45 minutes pourtant dominées du point de vue technique par le Mali en terme de construction de jeu. Un quart d’heure avant la fin, la partie commençait à se corser sérieusement pour les Aigles maliens, les Angolais ayant ajouté 3 nouveaux buts, dont 2 sur pénalty, à leur palmarès… Contre toute attente, les Aigles réussirent à égaliser au cours des dix dernières minutes : un premier but quelque peu laborieux suivi de 3 autres plutôt jolis ! Atmosphère effervescente chez nos amis du restaurant Yankadi, avec lesquels nous avons suivi le jeu, et qui ont accueilli chaque but avec force démonstrations de joie (et ce d'autant plus intensément qu'ils étaient inespérés !) : cris, sauts, applaudissements, tout le monde prend tout le monde dans ses bras… A notre retour au centre, ambiance aussi survoltée : les filles sont montées sur le toit et acclament les voitures qui passent en klaxonnant…

 

Rendez-vous le 14 janvier pour le prochain match, contre l’Algérie !

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sam

09

jan

2010

Ségou, la ville aux multiples qualificatifs

A trois heures de route de Bamako (240 kms), Ségou est le lieu idéal pour passer quelques jours au calme.  Première impression : tranquillité et verdure. Nous sommes entrés dans la ville par l’ancien goudron, bordé de part et d’autre par les bâtiments du quartier administratif, de style néo-soudanais, à l’ombre des caïlcédrats. A quelques mètres du goudron, le Niger, somptueux, déroule ses eaux…

 

Partout des arbres, et notamment les fameux balanzans à l’origine du surnom de « Cité des balanzans » ; d’après la légende, la ville compterait 4444 de ces arbres épineux de la famille des acacias, qui perdent leurs feuilles en saison des pluies, plus un qui, contrairement aux autres, serait bossu et dont nul ne connaîtrait l’emplacement. L’histoire des 4444 plus 1 remonte à l'époque du royaume bambara (cf. ci-dessous) : 4000 pour le nombre de membres de l’armée, composée de tous les hommes de 20 à 50 ans ; 400 pour les soldats de métier encadrant cette armés ; 40 pour les provinces du royaume de Ségou et de son allié Saro ; 4 pour le roi, sa famille, ses courtisans et sa garde. Le balanzan bossu représentait le conseil occulte du roi, véritable support du pouvoir à Ségou.

 

Pour nos deux jours à Ségou, nous avons choisi d’être hébergés non dans un hôtel, mais dans une famille ségovienne, la famille Coulibaly. Il faut dire que les Coulibaly (de Kulun-Bali – « sans pirogue » en bambara) sont légion, ici à Ségou. C’est d’ailleurs un certain Biton Coulibaly – de son vrai nom Mamary Coulibaly - qui fera de la ville la capitale de son royaume fondé en 1712, connu comme le « royaume Bambara de Ségou » et s’étendant de Bamako à Tombouctou. Nommé chef de « Ton » (c'est-à-dire une association regroupant des jeunes gens d’une même classe d’âge – ces associations existent dans quasiment toutes les ethnies du Mali, sous différents noms), après avoir été désigné trois fois lors d’un tirage au sort par un ancêtre aveugle, Biton Coulibaly conquiert les villages environnants et assoit son pouvoir grâce aux tons, dont il fait une véritable armée de métier, et à la flotte de guerre sur le Niger qu’il crée en alliance avec les Somono, une ethnie de pêcheurs.

Oumar Tall

Après sa mort en 1755, le royaume traversera différentes crises jusqu’à être renversé par El Hadj Oumar Tall le 10 mars 1861. C’est à cette époque que se perdit la tradition animiste dans la région de Ségou : après avoir détruit les fétiches protecteurs du royaume, Oumar Tall et son fils Ahmadou diffusent, comme ailleurs au Mali, l’islam qui est aujourd’hui pratiqué par la très grande majorité de la population. Une grande mosquée, pouvant accueillir 3300 fidèles, a d’ailleurs été construite en 2007 grâce à un financement libyen – pays très présent au Mali, nous en reparlerons - à travers l’Association Mondiale pour l’Appel Islamique (environ 1,5 milliard de FCFA).

Revenons à notre famille d’accueil. En l’occurrence, Zanke, le chef de famille, maçon de profession, a décidé il y a un an à peine de se lancer dans l’hébergement. Il accueille, face au fleuve, les visiteurs dans sa maison construite en banco rouge (car la terre est un matériau très présent à Ségou, de ce fameux banco rouge aux célèbres poteries de Ségou, fabriquées au village des potières sur l’autre rive du fleuve, village que nous avons visité… on en reparlera aussi !). Convivialité, calme et partage sont au rendez-vous ; repas cuisinés par la maman, soirée en famille dans la cour, discussions autour du thé, rencontre d’autres visiteurs… De vrais moments d'un bonheur tout simple...

Après les balanzans, les poteries et le banco rouge, Ségou est encore la ville du bogolan. En fait, cette technique de teinture  est également utilisée ailleurs au Mali, mais Ségou compte plusieurs ateliers de fabrication de bogolan dont certains ouvrent leurs portes au public, qui peut en suivre les différentes étapes. Ce que nous avons fait avec beaucoup d’intérêt (un autre article à venir !).

 

Et aussi, une agréable balade en pirogue sur le Niger, une tentative ratée de sortie dans un maquis (après avoir tourné dans la ville pour le trouver, déception : deux péquins dans une salle vide, nous avons rebroussé chemin), la visite du centre d’art africain Bajidala qui présentait une intéressante exposition sur les fétiches : réflexion sur cette notion de fétiche, soulignant le regard tout à la fois ignorant et méprisant porté par le monde occidental sur ces objets qualifiés de « primitifs », regard paradoxal lorsqu’on le confronte au rapport de nos sociétés aux objets de luxe et aux marques, par exemple…

 

On n’a pas eu le temps de tout voir… On y retournerait bien !

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ven

08

jan

2010

Premier colis, youpi !

Hier est enfin arrivé notre premier colis… parti de France à la mi-novembre ! Nous étions depuis l’envoi passés toutes les semaines à La Poste pour vérifier la boîte postale… toujours vide. Amélie s’était même renseignée au guichet, mentionnant le retard dans l’arrivée de ce paquet, et s’était entendu répondre que, sans le bordereau d’arrivée du colis, glissé en principe dans la boîte aux lettres, on ne pouvait rien faire pour elle…

 

C’est donc à notre grande surprise que nous avons reçu un appel de La Poste malienne, nous informant qu’un colis nous attendait depuis un moment ! En réalité, après moult pérégrinations de bureau en bureau, il nous fût expliqué que certains colis ne sont pas déposés à la Poste centrale… Mais au centre des colis postaux, situé dans un autre quartier de Bamako ; et dans ce cas, aucun papillon n’est glissé dans la boîte postale... Ce genre de petit désagrément ne nous surprend même plus : après tout, dixit un collègue d’Amélie, « En Afrique, tout est possible ! »…

 

Et effectivement, après avoir passé la douane et contre quelques FCFA de taxes, le colis nous fût remis…

 

Décorations de Noël, un peu en retard ; mais elles ont tout de même trouvé leur place dans notre chez-nous. Douceurs diverses et livres sont quant à eux venus compléter les trésors issus d’un autre colis et des cadeaux de Noël arrivés par l’intermédiaire des parents de Thomas (mode de transport plus rapide… bien qu’un peu plus onéreux :-) ).

 

Encore merci à tous les généreux envoyeurs !

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lun

04

jan

2010

A l'intérieur du Mali

Comme annoncé dans un précédent billet, nous avons mis à profit le récent séjour de la famille de Thomas pour visiter l’intérieur du Mali. En 10 jours, nous n’avions pas suffisamment de temps pour aller très loin (par exemple au pays dogon). Nous avons préféré restreindre nos pérégrinations à un périmètre relativement proche de Bamako, que nous avons quittée d’abord pour Ségou (3 heures de route), puis Teriya Bugu (à 2 heures de route / piste de Ségou) et enfin Koutiala (5 heures de route depuis Bamako), où habite notre ami Kalifa. La carte ci-dessous vous aidera à mieux vous repérer…

 

En attendant de vous raconter de manière plus détaillée ces quelques jours, nous tenions à vous souhaiter à tous une très belle année 2010… A bientôt !

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mar

29

déc

2009

Noël à Bamako

[Désolés pour le silence sur ce blog les derniers jours : nous avons profité de la visite de la famille de Thomas pour quitter Bamako... et l'accès à internet ! Partis un peu vite, nous avons même oublié de mettre en ligne cet article - retard rattrapé ! - et beaucoup de choses à vous raconter dans les jours qui viennent...]

 

Certes, il fait encore 35 degrés au milieu de la journée. Certes, les chrétiens ne représentent que 1% de la population. Certes, les sapins et autres décorations sont à peu près inexistants, quant au foie gras, à la bûche et aux autres délices de la période, n’en parlons pas. Ce n’est pas pour autant que Noël n’est pas préparé et fêté au Mali – en tous cas, nous comptons bien, en ce qui nous concerne, en profiter. J’ai (Amélie) déjà pu un peu entrer dans l’esprit de la fête sur les 2 dernières semaines…

 

Marché de Noël allemand

Tout d’abord, aussi décalé que cela puisse paraître, des marchés de Noël sont organisés. Bon, il faut bien admettre que ce n’est pas une initiative malienne, mais de la coopération allemande et du CCF. Mais au-delà, ils sont sûrement bien plus intéressants que les marchés de Noël des villes françaises (sauf peut-être en Alsace), dont les stands n’offrent souvent que des objets standardisés d’un marché à l’autre et sans grand intérêt. En l’occurrence, les stands sont tenus pour la plupart par des artisans maliens dont une majorité a également une boutique à la Maison des artisans. Bijoux de tous types, tissus, sacs et sandales en cuir, tapis de laine, objets faits à partir de matériaux de récupération se côtoient dans une atmosphère bon enfant. A cette occasion, j’ai pu pratiquer l’art délicat du marchandage et voir les autres le pratiquer… Pas facile : tout dépend en fait du vendeur à qui l’on s’adresse.

 

Il y a les sympas et compréhensifs, qui ne cherchent pas à toute force à faire acheter quelque chose si rien sur le stand ne correspond aux attentes du client. Ouf.

 

Il y a les charmeurs qui n’hésitent pas à user avec un certain art de la flatterie et du chantage à l’amitié (« maintenant qu’on s’est serré la main, on est amis ! ») pour parvenir à leurs fins. Difficile alors de quitter le stand en moins d’un quart d’heure.

 

Enfin, il y a les vendeurs de mauvaise foi, les pires, ceux qui refusent de s’avouer vaincus lorsque le client leur dit que finalement, rien n’a attiré son attention, et qui insistent tellement pour que le client « donne un prix » que celui-ci, de guerre lasse, s’exécute. Erreur : le piège se referme, le vendeur baisse son prix jusqu’à en arriver à celui du malheureux client, qui se retrouve alors coincé : comment ne pas acheter cet objet dont il a lui-même fixé le prix ? Evidemment, le vendeur prend alors à témoin de sa situation les vendeurs voisins…

 

Quelques "règles" issues de cet après midi de pratique et d'observation :

  • savoir que si l’on s’approche d’un stand ou d’une échoppe, le vendeur arrive aussitôt. Et que l’on ne s’en tirera pas comme en France avec un « Je regarde, merci » ;
  • esquiver autant que possible les demandes de fixation d’un prix par le vendeur si l’on n’est pas réellement intéressé par l’article ;
  • rester poli, ne pas s’énerver (et j’en ai vu plus d’un bouillir !)… et prendre son mal en patience tout en demeurant ferme.

 

Au final, résultat pas trop mauvais en réussissant pour mes quelques achats à négocier un peu plus de 50% sur le prix annoncé (lequel, en fin de journée, est toujours plus bas que le matin).

En compagnie d'Anna

C’est avec Anna justement que j’ai continué à préparer Noël. Dans un registre quelque peu inhabituel pour moi : le registre religieux…

 

D’abord, qui est Anna ? Maman de 2 enfants, elle a une formation comptable mais s’est finalement orientée vers la cuisine, pour laquelle elle a une véritable passion ; elle donne des cours de cuisine au centre, c’est comme cela que nous nous sommes rencontrées. Elle est sénégalaise, son mari Maurice est congolais, ils habitent au Mali, où ils se sont rencontrés, depuis une petite vingtaine d’années. Ils appartiennent à la communauté catholique de Bamako, plus précisément à la paroisse de la cathédrale, et y sont très actifs : Maurice en tant que responsable de la liturgie, Anna en tant que membre de la chorale polyphonique « Christ-Roi ».

 

Elle m’avait promis de me donner des leçons de cuisine africaine depuis quelque temps. Cela s’est concrétisé le week-end dernier, rendez-vous fixé le dimanche à la cathédrale, à la sortie de l’office de 10.00. Curieuse de voir si, comme je l’avais lu à diverses reprises, les messes africaines étaient vraiment plus vivantes et dynamiques que les françaises, j’ai donc assisté à cet office, celui du troisième dimanche de l’Avent, qui célèbre la joie de l'Église et des croyants dans l'attente de l'avènement du Christ. Finalement, la messe était tout ce qu’il y a de plus classique… Peut-être parce que célébrée par un prêtre blanc ? Ou parce que paroisse de la cathédrale ?

 

Quoi qu’il en soit, la chorale à quatre voix (soprano, alto, basse, ténor) est quant à elle vraiment remarquable. Bamakois de passage ou expatriés, si vous en avez l’occasion et que les chants liturgiques ne vous rebutent pas, allez les voir… Créée en novembre 1993 par des étudiants, elle rassemble aujourd’hui une quarantaine de membres réguliers. Et tout de suite, c’est plus prenant qu’une messe animée par un unique choriste accompagné au synthétiseur…

 

La chorale donnait d’ailleurs hier son traditionnel concert de Noël au CCF. Chants liturgiques et laïcs et gospels (The lion sleeps tonight, We are the world, Oh Happy day, …) se sont succédé au court de la première partie, magnifiquement interprétés, accompagnés par un petit orchestre mêlant instrument traditionnels et modernes. Sentiment de sérénité… Pendant la seconde partie, la chorale accompagnait une jeune griotte, découverte récemment lors d’une émission télévisée, Toungakouna. C’était la première fois que je voyais une femme en concert depuis notre arrivée ; belle performance (malgré des chaussures éverestesques qui la faisaient parfois grimacer de douleur) ! Et la présence de la chorale permettait d’atténuer le côté quelque peu lancinant (à mon goût) des chants des griots…

Revenons-en à dimanche dernier. Après la messe, retour en famille à l’appartement qu’Anna et Maurice louent dans le centre ville de Bamako (une quarantaine de mètres carrés pour 4) ; ils ont dû quitter il y a quelque temps leur première maison, réclamée par le propriétaire… mais toujours fermée lorsque l’on passe devant. Ils sont à nouveau à la recherche d’un logement car le propriétaire de celui qu’ils occupent actuellement souhaite aussi le récupérer… Il ne fait pas bon être locataire à Bamako.

 

C’est sur le balcon, qui fait office de cuisine, que j’ai appris à cuisiner mon premier plat africain. Pas vraiment un plat de Noël mais tellement typique d’ici : le riz au gras. En fait, il s’agit de sa variante sénégalaise, le tiep bou djen (riz au poisson – sauf qu’on avait mis de la viande…) ; ce plat se retrouve dans tous les restaurants et gargotes où mangent les africains, et est aussi consommé très régulièrement dans les familles. Chaque cuisinier a ses variantes : avec ou sans cube Maggi (ici, quasiment tout le monde utilise ces cubes de bouillon !) ? Oignons pilés ou pas ? Quels légumes ajouter ? Viande ou poisson ? L’avantage, c’est qu’une même recette peut ainsi varier à l’infini… Allez, si j’ai le courage, je vous la mettrai en ligne. Sinon, il faudra patienter et venir goûter le riz au gras à notre retour… Vous verrez, c’est délicieux.

 

Après le déjeuner en famille (verdict des convives : l’apprentie a bien appris !), pendant la sieste des enfants, Anna m’apprend à confectionner des merveilles, petits biscuits frits délicieux, du style de ceux dont une fois qu’on y a touché, on n’arrive plus à refermer la boîte… Voilà qui remplacera mon père Noël en chocolat…

 

Joyeux Noël à tous !

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mar

15

déc

2009

Tabaski

Avertissement : âmes sensibles attention ! Certaines photos accompagnant cet article sont un peu sanguinolentes...

 

Le 28 novembre dernier a eu lieu la fête de Tabaski, nom donné ici à la fête plus connue en France sous celui d’Aïd-el-Kebir. C’est la grande fête (par opposition à la petite fête – Aïd-el-Fitr- qui marque la fin du Ramadan), au cours de laquelle on célèbre la soumission à Allah d’Ibrahim (Abraham), qui avait accepté l’ordre divin de sacrifier son fils Ismaël. Ce n’est qu’au dernier moment qu’Allah lui fit parvenir par l’intermédiaire de l’archange Gabriel un mouton destiné à remplacer l’enfant. D’où le nom populaire de la fête : la fête du mouton (et effectivement, c’est sa fête, au mouton…).

 

A cette occasion, les invitations ont plu sur nous, à tel point que nous avons du en refuser une, nous partager pendant la journée du samedi entre la famille de Kalifa et cella d’Amadou et promettre une visite ultérieure à Mam’, notre restauratrice du quartier Mali. 3 jours pas comme les autres…

 

Le samedi matin à 7.50, alors que rendez vous était pris vers 9.00 chez Kalifa, nous recevons un coup de fil de Fatoumata, sa femme, disant qu’elle passe nous chercher dans les 10 minutes : il faut que nous soyions présents le plus tôt possible si nous voulons « voir comment ça se passe ». Branle bas de combat pour être prêts dans les délais ; à l’heure dite la voiture, conduite par Vieux, un neveu de Kalifa, nous attend. Une petite explication à ce niveau s’avère nécessaire : nous nous rendons en fait dans la 2ème famille de Kalifa, c'est-à-dire chez sa seconde épouse et ses enfants. Fatoumata était auparavant la femme d’un des frères de Kalifa, décédé il y a quelques années ; c’est alors que, selon la tradition du lévirat, elle a épousé Kalifa en secondes noces. Actuellement, elle vit à Bamako tandis que Kalifa vit la majeure partie du temps à Koutiala avec sa première femme et leurs enfants ; il lui rend visite de temps à autre.

 

Une petite dizaine de minutes plus tard, nous arrivons devant la maison de la famille Camara, mais ne faisons qu’y déposer Fatoumata : Vieux, deux des fils de Fatoumata et nous-mêmes repartons aussitôt pour la mosquée (à peine le temps pour Amélie d’emprunter un voile pour se couvrir la tête) ! Plus qu’en tout autre jour, la prière est suivie ; on pourrait dire que c’est l’équivalent de la messe de Noël des chrétiens… Tout le monde est sur son trente-et-un, les boubous en basin rivalisent de couleurs et de broderies (oui, on vous doit un article sur les tissus maliens, c’est dans les tuyaux !).

 

Pour Thomas ça n’est pas vraiment une épreuve : il est bien entouré par les 3 cousins Camara. Pour Amélie c’est différent : elle se retrouve seule avec son tapis de prière au milieu d’inconnues (puisqu’hommes et femmes sont séparés dans les mosquées), avec comme unique consigne de suivre les mouvements des autres…

 

La prière dure une petite demi-heure ; une première partie est consacrée aux rak^ah, au nombre de 2 pendant la prière de Tabaski. Il s’agit d’un enchaînement de postures (debout, incliné, prosterné, assis sur les talons), chacune ayant sa propre signification symbolique et spirituelle. La seconde partie, plus longue, est le sermon de l’imam, basé sur les sourates du Coran, pendant lequel les fidèles peuvent parler entre eux. Nous n’avons évidemment rien compris ni aux rak^ah, ni au sermon, l’ensemble étant en arabe ; nos amis nous ont cependant expliqué que l’imam procède au sacrifice rituel du mouton au cours de la cérémonie (ce que nous n’avons pu voir, étant donné que nous n’étions pas à l’intérieur même de la mosquée) ; les fidèles doivent attendre ce premier sacrifice avant de tuer leur bête à la maison, sans quoi le geste n’aurait aucune valeur spirituelle.

 

A la fin de la prière, tout le monde se salue et se souhaite une bonne fête ; à cette occasion, Amélie a même été incitée par un groupe de femmes, sympathiques bien que prosélytes, à se convertir !...

 

Retour à la maison. Là nous attend le moment redouté, auquel nous espérions échapper : le sacrifice du mouton. En effet, pour la fête, chaque famille qui en a les moyens achète son mouton, qui doit être « mâle et sans défaut » (et à l’approche de la fête, les prix grimpent… vertigineusement ! de 35 000 à 160 000 FCFA suivant la taille de la bête – 55 à 245 euros environ) ; du coup, les rues de Bamako s’étaient transformées ces derniers jours en marché au mouton géant ; il y en avait à tous les coins de rue… Et la bestiole suscite la convoitise : le Canard déchaîné rapporte ainsi des cas de propriétaires dormant avec leur bélier pour éviter les vols…

Seul peut procéder au sacrifice un musulman assidu (qui prie « permanemment », comme on dit ici), c'est-à-dire celui qui effectue ses cinq prières quotidiennes. Les jeunes Camara admettent en rigolant ne pas faire partie de cette catégorie ; le rôle revient donc à un ami de la famille. Le rituel est précis : la bête doit être couchée sur le flanc gauche, la tête en direction de la Mecque.

 

Nous n’en menons pas large (surtout Thomas)… Mais finalement, nous sommes moins choqués que ce que nous aurions cru : bien que pénible, l’acte n’apparaît, somme toute, pas moins sain que l’abattage à la chaîne dans des abattoirs déshumanisés… Nos amis insistent pour nous prendre en photo aux côtés du mouton : « ca fera des souvenirs ! ». Vous excuserez nos sourires un peu crispés ! :-) Ensuite, la bête est dépecée ; les familles, avec les différents morceaux, préparent différents plats qui seront mangés tout au long du week-end ; la tradition religieuse veut en outre qu’elles offrent un peu de viande aux familles nécessiteuses voisines et apportent des plats aux autres membres de la famille et voisins.

 

Pendant que les messieurs rendent visite à un ami malade, puis achètent une pastèque et un poulet (le fait que Thomas n’aime pas le mouton n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde !), Amélie participe activement, sur les directives de Fatoumata, à la préparation du plat de mouton, en éminçant une montagne d’oignons pour la sauce. Sans planche et avec un couteau qui ne coupe pas très bien, pas facile…

 

Sur le coup de onze heures, le « petit déjeuner » nous est servi : foie et cœur du mouton, sauce oignons, à manger dans du pain avec une assiette de crudités. Conclusion : le foie, ça n’est pas pour nous ; par contre, après avoir goûté avec appréhension le cœur, Amélie trouve que ça n’est pas si mauvais et sauve l’honneur en finissant son assiette. S’ensuite une discussion très intéressante avec Vieux et Boubacar, sur la situation du pays, celle des jeunes, les évolutions sociétales, les difficultés quotidiennes…

 

Vers 14.00, nous devons prendre congé car nous avons promis à Amadou d’aller le voir ; nous sommes très gênés car le poulet a été spécialement acheté pour Thomas, mais nous partons avant le déjeuner… Pour Fatoumata, voilà un très bon prétexte pour nous réinviter le lendemain. Rendez-vous est donc pris à 11.00.